***Le 15 novembre prochain, Jacques Thomassin dédicacera son nouveau recueil, "Bar des sables", présenté en avant première au salon du livre de Riantec***

Bienvenu à vous parmi les menhirs hurlant!

Trio Bass'in

      

    Noir. Le rideau se lève et un mince filet de lumière descend sur la scène, éclairant une forme imposante que l’on distingue à peine encore mais d’où s’échappent déjà quelques grondements sourds, la machine est en route...

    Bientôt, le voile lumineux plus imposant laisse deviner les formes généreuses de l’instrument. Au grondement, s’ajoute un battement. D’abord imperceptible, mais qui peu à peu s’amplifie pour venir grossir le tumulte général. Un grincement... Une poulie... Ça craque… Un sifflement... Les sons s’ajoutent les uns aux autres en même temps que la lumière se fait de plus en plus éclatante. Une douce mélodie Irlandaise, langoureuse, se fait entendre au-dessus du tapis sonore.

    Apparaissent alors trois personnages cachés derrière ces grandes armoires à cordes d’où s’échappent une multitude de sonorités. La Contrebasse parle et nous emmène dans un voyage entre ciel et mer, bercé par les plus belles mélodies celtiques que l’on connaisse.

Un voyage
dans le monde du rêve

 En octobre dernier, Bass’in, trio de contrebasses, était en résidence au Palais des Congrès de Pontivy en vue de monter un nouveau spectacle. Une nouvelle étape dans leur cheminement artistique qui, sans enlever l’identité première du groupe (travail autour du répertoire celtique) implique d’avantage “les bêtes à cordes” dans le théâtre et le chant. Un “vrai” spectacle qui prend une toute autre dimension. Olivier Quesne, Gilles Rivière et David Cadiou présentent “Les grands-mères prennent le large”.
    Et c’est Olivier qui nous parle de cette aventure...

      

Youenn Lorec : Olivier bonjour, et pour commencer, peux-tu nous parler des débuts de “Bass’in”. Comment ce trio de contrebasse est-il né ?


Olivier Quesne : Au cours d'une formation préparant au Diplôme d’État de professeur de contrebasse, Gilles et moi avions comme tuteur Elisabeth Allain. Nous jouions à l'époque des pièces classiques déjà écrites pour trois contrebasses. Les retours étant plutôt élogieux, le désir de continuer cette aventure nous a amené à développer notre répertoire. Après de très nombreuses recherches autour de cet instrument, de ses modes de jeux, nous sommes parvenus à créer quelques pièces originales. Un fort investissement qui a débouché sur plusieurs concerts dans l'Ouest et qui a été récompensé à l’occasion du Tournoi International de Rome de Musique de Chambre puisque nous avons participé à la finale de ce concours.

Youenn Lorec : Peux-tu m’en dire un peu plus sur cette volonté de créer votre propre répertoire ?

Olivier Quesne : Tout ce qui a été écrit pour la contrebasse reste plutôt marginal. Ce sont des arrangements qui tournent souvent autour des mêmes pièces, comme celle par exemple des “Pêcheurs de Perles” de Bizet. Pour pallier à cela, nous avons donc fait le choix d’adapter dans notre répertoire des airs d’influence plus celtiques,  pour la plupart des thèmes irlandais (reels, jigs ou polkas) ou bretons (gwerzioù mais aussi des danses), ce qui reflète bien notre identité bretonne. Et puis l’arrivée de David Cadiou, venu pour remplacer Elisabeth l’an dernier, a donné une autre dimension à notre formation. Le fait d’intégrer dans notre nouveau spectacle son instrument de départ, la flûte traversière, et la volonté de prendre plus en compte le côté scénique, la mise en espace, a permis d’aboutir à une œuvre originale, une véritable épopée musicale.

Youenn Lorec : Justement, parlons-en de ce nouveau spectacle !

Olivier Quesne : Plantons le décor. Trois personnages, trois contrebasses sont sur un radeau, perdus, à la dérive au milieu de l’Océan, fuyant la famine, en quête d’une terre d’asile. C’est une évocation de l’exode irlandaise au XIXe siècle... Le confinement, l’urgence, la détresse permettent de développer de forts traits de caractère.

Le premier, le plus petit de ces exilés se prénomme Davis. C’est lui qui commande parce qu’il a une force de caractère telle qu’il refuse obstinément de se laisser aller à la tristesse et qu’il ne perd jamais espoir.

Le second, le plus grand, Olivier, a pour particularité de ne pas tenir l’alcool. Il traîne en lui une forte mélancolie de son Irlande natale. C’est un personnage décalé, toujours un peu dans la lune.

Enfin, il y a Gilles, celui qui boit le plus, mais qui contrairement au personnage précédent tient l’alcool ! C’est le genre d’homme qui boit pour oublier mais comme cela ne lui fait aucun effet. Au final, il boit simplement par plaisir. Il est très à l’écoute des deux autres parce qu’il a besoin d’eux.

Il existe entre ces trois protagonistes une forte complicité. La musique s’ajoute au drame et renforce les traits de caractère des uns et des autres. Sur le plan scénique, nous avons voulu que  notre répertoire instrumental colle plus que tout au scénario. Musique, jeux d’acteurs et d’instruments, mimes, notre spectacle se ponctue également de moments chantés.

      

Youenn Lorec : Votre trio prend alors toute sa valeur et peut toucher ainsi un large public. Pour cette création, avez-vous fait appel à des gens extérieurs pour vous aider ?

Olivier Quesne : Oui, on a monté ce spectacle avec l’aide de William Windrestin, metteur en scène et d’un technicien lumière, Erwann Brisard.

Youenn Lorec : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Olivier Quesne : Un DVD est en cours d’élaboration suite à notre travail en résidence à Pontivy. Et nous avons d’ores et déjà de nouveaux concerts programmés et une tournée au Canada prévue pour cet été. Nous sommes d’ailleurs en quête de contacts supplémentaires pour boucler ce périple. Enfin, il y a notre participation à l’aventure entamée avec Sillage Musiques. Nous espérons bien qu’elle débouche sur des projets musicaux inédits, novateurs, des rencontres avec d’autres musiciens que nous n’aurions peut-être pas pu faire sans cela ; et Sillage n’en manque pas.

Youenn Lorec : Il est vrai que vous avez fait partie des premiers à rejoindre notre association, et ce dès la création du collectif, en 2004. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
Olivier Quesne : Le concept nous plaisait. On ne peut aujourd’hui, dans le contexte que l’on connaît du spectacle vivant, qu’évoluer vers la voie des rapprochements et des aventures collectives. Le projet Sillage nous touche d’autant plus qu’il fait se rencontrer des formations aussi diverses que le trio Kermabon ou Zeste Quartet, quatuor à cordes. Musiques classiques, traditionnelles, actuelles : les musiciens que nous avons ainsi pu rencontrer sortent des sentiers battus et proposent des styles musicaux moins lissés, moins ordonnés que ceux que l’on a l’habitude de retrouver dans les bacs des disquaires. Nous-même avons fait le choix d’évoluer dans un univers qui se situe quelque part entre le classique et la musique celtique. Nous n’avons pas peur de proposer de nouvelles sonorités, ce qui donne sans conteste une identité forte à notre groupe, a fortiori quand il s’agit de contrebasse !

Propos recueillis par Youenn

Posté par marmou31 à 10:51 - 04_musique - Commentaires [0] - Permalien [#]


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