Youenn Lorec : Olivier bonjour, et pour commencer, peux-tu nous parler des débuts de “Bass’in”. Comment ce trio de contrebasse est-il né ?
Olivier Quesne : Au cours d'une formation préparant au Diplôme d’État de professeur de contrebasse, Gilles et moi avions comme tuteur Elisabeth Allain. Nous jouions à l'époque des pièces classiques déjà écrites pour trois
contrebasses. Les retours étant plutôt élogieux, le désir de continuer cette aventure nous a amené à développer notre répertoire. Après de très nombreuses recherches autour de cet instrument, de ses modes de jeux, nous sommes parvenus à créer quelques pièces originales. Un fort investissement qui a débouché sur plusieurs concerts dans l'Ouest et qui a été récompensé à l’occasion du Tournoi International de Rome de Musique de Chambre puisque nous avons participé à la finale de ce concours.
Youenn Lorec : Peux-tu m’en dire un peu plus sur cette volonté de créer votre propre répertoire ?
Olivier Quesne : Tout ce qui a été écrit pour la contrebasse reste plutôt marginal. Ce sont des arrangements qui tournent souvent autour des mêmes pièces, comme celle par exemple des “Pêcheurs de Perles” de Bizet. Pour pallier à cela, nous avons donc fait le choix d’adapter dans notre répertoire des airs d’influence plus celtiques, pour la plupart des thèmes irlandais (reels, jigs ou polkas) ou bretons (gwerzioù mais aussi des danses), ce qui reflète bien notre identité bretonne. Et puis l’arrivée de David Cadiou, venu pour remplacer Elisabeth l’an dernier, a donné une autre dimension à notre formation. Le fait d’intégrer dans notre nouveau spectacle son instrument de départ, la flûte traversière, et la volonté de prendre plus en compte le côté scénique, la mise en espace, a permis d’aboutir à une œuvre originale, une véritable épopée musicale.  |
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Youenn Lorec : Justement, parlons-en de ce nouveau spectacle !
Olivier Quesne : Plantons le décor. Trois personnages, trois contrebasses sont sur un radeau, perdus, à la dérive au milieu de l’Océan, fuyant la famine, en quête d’une terre d’asile. C’est une évocation de l’exode irlandaise au XIXe siècle...
Le confinement, l’urgence, la détresse permettent de développer de forts traits de caractère. 
Le premier, le plus petit de ces exilés se prénomme Davis. C’est lui qui commande parce qu’il a une force de caractère telle qu’il refuse obstinément de se laisser aller à la tristesse et qu’il ne perd jamais espoir.
Le second, le plus grand, Olivier, a pour particularité de ne pas tenir l’alcool. Il traîne en lui une forte mélancolie de son Irlande natale. C’est un personnage décalé, toujours un peu dans la lune.
Enfin, il y a Gilles, celui qui boit le plus, mais qui contrairement au personnage précédent tient l’alcool ! C’est le genre d’homme qui boit pour oublier mais comme cela ne lui fait aucun effet. Au final, il boit simplement par plaisir. Il est très à l’écoute des deux autres parce qu’il a besoin d’eux.
Il existe entre ces trois protagonistes une forte complicité. La musique s’ajoute au drame et renforce les traits de caractère des uns et des autres. Sur le plan scénique, nous avons voulu que notre répertoire instrumental colle plus que tout au scénario. Musique, jeux d’acteurs et d’instruments, mimes, notre spectacle se ponctue également de moments chantés. |